SOIREE A L'INSTALLATION ILE-DE-FRANCE DU 18 MAI 2010

Reportage :

 S’installer : « L’avenir est entre vos mains »

En consacrant une soirée à l’installation à la Maison des centraliens le 18 mai dernier, l’URML, avec ses partenaires du portail d’aide à l’installation Soigner en Ile-de-France, a réuni les acteurs clés qui conseillent, aident et facilitent le démarrage et l’organisation d’une activité libérale. Près de 150 internes, chefs de clinique, médecins remplaçants ou installés sont venus échanger sur la bonne voie à emprunter pour saisir cette opportunité.

« La médecine libérale à un avenir en Ile-de-France et il est entre vos mains », scande Claude-François Degos, président du Conseil régional d’Ile-de-France de l’Ordre des médecins. Il affirme « qu’il y a de la place et que l’Ordre aujourd’hui s’adapte pour leur permettre de saisir de nouvelles possibilités d’exercice. » Multisite, possibilité de s’étendre au-delà de son cabinet en développant des antennes médicales : « Une palette étendue de solutions pour s’établir et vous permettre de choisir votre exercice et d’évoluer. » Le Professeur Degos ne veut plus entendre parler de pénurie de médecins : « nous manquons simplement de temps médecin. »

 Bruno Silberman, président de l’Union régionale des médecins libéraux d’Ile-de-France, se montre plus réservé et ne cache pas ses inquiétudes dans notre région réputée gâtée. « La moyenne d’âge des médecins en exercice, actuellement de 54 ans, laisse présager de massifs départs en retraite alors que de jeunes confrères choisissent une situation mixte pendant cinq à sept ans avant de faire un choix. » S’installer n’est plus une priorité et beaucoup préfèrent la voie du remplacement. Le Dr Silberman l’explique « par un manque d’envie de s’installer, une inquiétude des plus jeunes dans un avenir que tout le monde souhaite plus simple. » Le président de l’URML Ile-de-France espère que l’ARS, qui vient d’ouvrir ses portes le 1er avril dernier « ne se positionnera pas en tutelle, mais facilitera le fonctionnement de l’exercice libéral tant attendu. »

 Pour Claude Evin, qui dirige depuis peu cette nouvelle institution, « l’aide à l’installation des professionnels de santé est une priorité », et la situation actuelle lui semble favorable pour l’envisager. « Contrairement aux idées les plus répandues, il existe de grandes disparités, et certains territoires ruraux de notre région où la population est vieillissante et les médecins moins nombreux me paraissent clairement une fragilité à 5 ou 10 ans. » Pour prévoir et organiser l’accès aux soins, l’ARS travaille sur un projet régional destiné à rééquilibrer cette répartition géographique et prévoit les financements pour le faciliter, notamment à travers le volet ambulatoire du schéma régional d’organisation des soins (SROS). 
« Nous n’imposerons rien, mais des préconisations et des aides fléchées doivent faire partie d’une boîte à outils qui peut inciter les installations dans des zones où le besoin en personnels de santé est plus important. » L’ARS ouvrira donc un guichet unique pour aider l’installation de tous les professionnels de santé, « facilitant la filiarisation et donc la régulation, en mettant les ressources nécessaires de côté pour financer des installations en contrepartie de signature de contrats d’engagement de service public » explique-t-il.

 Nathalie Leroy, secrétaire général de la Section généraliste de l’URML et exerçant en Seine-et-Marne, témoigne d’efforts de cette nature déjà réalisés. Des bourses à l’installation de 1000 € par mois, financées par le Conseil général de Seine-et-Marne, peuvent être attribuées sur trois ans à des internes pour finir leurs études en échange d’un engagement à exercer pendant cinq ans dans des zones fragiles du département. Une approche que le Pr Degos ne voit pas d’un bon œil. « Ne courez pas après les aides, les abattements, les facilités que l’on peut vous accorder pour vous installer : ce qui reste le plus important est d’avoir votre projet en tête, et le choix de s’installer en libéral ne représente pas au-delà d’un mois de contraintes avec les différents organismes.»

 Cécilia Saldanha Gomes, vice-présidente du Syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale et Gabriel Lejour invitent les jeunes à se rapprocher de l’Ordre pour faire relire leurs contrats avant signature et consulter les informations utiles sur le portail www.soignereniledefrance.org , « pour éviter les pièges, les mauvaises surprises, mais aussi simplement acquérir de bons réflexes comme souscrire une assurance en responsabilité civile professionnelle, même si vous exercez à l’hôpital. »  Le droit et la comptabilité sont devenus indissociables de l’exercice médical, mais encore aujourd’hui les jeunes médecins n’y sont pas formés. « Préparez-vous aux outils de la gestion du soin », recommande Jacques Samson, vice-président de la Section spécialistes de l’URML, qui reconnaît la difficulté de couper le cordon avec le milieu hospitalier, si protecteur. Rien d’insurmontable, il suffit simplement de bien s’entourer et de faire appel à tous ceux qui peuvent vous aider. « Pourtant, vous êtes nombreux à redouter cette organisation au profit de situations salariées que la loi HPST autorise et facilite ».

 Patrick Serrière, président de la Fédération de l’hospitalisation privée d’Ile-de-France, affirme pourtant ne pas encourager le salariat des médecins : « la rémunération doit rester proportionnelle à un niveau d’activité et se félicite que la quasi-totalité des médecins conserve un statut libéral. » Ceci implique de respecter deux principes fondateurs : conserver son indépendance professionnelle en exerçant sans lien de subordination et être rémunéré à l’acte. « En Île-de-France, la moitié de ces établissements privés reste détenue par des indépendants, et ceci est la  meilleure adéquation possible entre un choix libre pour trouver son outil de travail et assurer sa pérennité économique, » affirme Patrick Serrière. Bien entendu, bon nombre d’établissements signent des contrats avec des sociétés, offrant aux praticiens plus de souplesse dans la permanence des soins et une meilleure qualité de vie. Des regroupements qui peuvent aussi aboutir à des maisons de santé. 
Bernard Huynh président du Collectif francilien des maisons et pôles de santé, croit en cette solution, même si aujourd’hui seules 160 maisons de santé existent en France et que pas plus de  0,5 % des médecins y exercent. Aujourd’hui, opportunités et modalités d’exercice en Île-de-France se multiplient, mais pour saisir sa chance, rapprocher ceux qui veulent prendre leur retraite des plus jeunes prêts à choisir l’inégalable liberté, des liens plus étroits restent à établir résume le secrétaire général de l’URML Frédéric Prudhomme.

Pour faciliter les échanges, l’URML en partenariat avec les acteurs régionaux a lancé il y a tout juste un an le portail Soigner en Ile-de-France. Benjamin Chousterman, qui préside le Syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP) croit en cet outil qui permet en quelques clics de trouver tous les renseignements utiles, mais aussi les zones franciliennes où il est intéressant et sûrement déjà urgent de s’installer. Michel Roueff, vice-président de l’URML, salue l’existence de cet outil, une première en France, créé par la profession, pour la profession

 

Nathalie Dervaux cardiologue à HEGP et à la clinique Blomet

Découvrir d’autres pans de la médecine

Évidemment, une installation réclame quelques disponibilités, il faut assurer les gardes, participer à la permanence des soins et surmonter quelques contraintes. Pourtant, ceci me permet de découvrir d’autres pans de la médecine bien au-delà de l’activité clinique pure. Ceci nous échappe totalement dans les services hospitaliers et l’absence de notre formation en gestion, qui ne manque à personne à l’hôpital, devient une vraie lacune lorsqu’on s’installe. Je ne voulais pas m’isoler et me suis installée au sein d’une clinique chirurgicale, succédant à un confrère parti à la retraite. Je considère aujourd’hui l’activité libérale comme un hôpital virtuel. En développant au quotidien son réseau de correspondants, on travaille en équipe de la même manière et j’estime avoir créé des conditions où il m’est désormais plus facile d’être associée à un projet médical, de participer à une CME, ce qui n’était pas possible au même âge dans les hôpitaux publics. Séduite par le principe d’autonomie, j’ai accepté de m’investir dans la gestion quotidienne pour connaître cette liberté.

Grégoire Bornet, Radiologue à l’hôpital privé d’Antony

Une liberté de choix

À la fin du Clinicat, au terme de notre cursus on se pose beaucoup de questions sur le montage possible de sociétés. Je ne crois pas que ce soit un but et l’important reste d’abord, me semble-t-il, de bien savoir ce que l’on souhaite faire. L’URML, l’ARS coordonnent, régulent et optimisent les compétences, mais il s’agit avant tout d’un parcours personnel, celui d’une vie et j’ai personnellement cherché à savoir ce que j’avais intimement envie de faire. Au fil de mes remplacements, j’ai été sensible à l’efficacité et la souplesse d’une organisation libérale. Pourtant, je souhaitais aussi rester proche de pathologies lourdes. Mes recherches se sont donc orientées vers l’hospitalisation privée où j’ai établi des liens à l’occasion de remplacements. Un jour, on se sent bien quelque part, on vous demande de participer au développement d’un projet, on crée les conditions pour s’investir et former ensemble une équipe qui peut gagner. Ensuite seulement, on s’assure du statut juridique, du montage financier et de la pérennité de la structure qui vous accueille.

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